Danse de Saint-Guy

Nous utilisons l’expression « Danse de St-Guy » communément pour décrire quelqu’un qui a la bougeotte, qui ne cesse de bouger.  Mais en réalité c’est beaucoup plus que cela. Il s’agit d’un mal maintenant identifié sous plusieurs vocables.  On l’appelle la « manie dansante », « la chorée de Sydenham ».  Il s’agit d’une maladie neurologique, contractée suite à une infection au streptocoque, et qui provoque des mouvements involontaires, incontrôlables et anormaux.  L’origine de l’expression de la « danse de St-Guy », remonte au IXe siècle au moment où les reliques de Saint-Guy furent transférées de Saint-Denis à la Saxe.  À cette occasion, il y eut plusieurs guérisons miraculeuses.  Et c’est à partir de ce moment que l’on associa le saint aux guérisons des épileptiques.

Dans l’histoire, il y a eu quelques manifestations collectives de ce mal. Le plus notable est ce que l’on appelle l’épidémie dansante de 1518.  Elle eut lieu dans la ville de Strasbourg en Alsace, qui faisait partie à l’époque du Saint-Empire germanique.  Le mal fut introduit par une femme du nom de Frau Toffea.  Le 14 danse_st_guyjuillet, cette dame commença à danser seule dans les rues de la cité.  Elle continua ainsi, pendant six jours et six nuits.  Malgré les suppliques de sa famille et les pieds en sang, elle ne pouvait pas s’arrêter, sauf pour prendre quelques siestes.  Entretemps, d’autres habitants se joignirent à elle. Le 25 juillet, cinquante danseurs étaient touchés par le mal.  La ville constatant que rien ne semblait arrêter les danseurs, décida de leur faire grande place en pensant qu’ils puissent s’arrêter par épuisement.  Elle fit ériger des estrades et une piste de danse. Erreur!  Les gens continuèrent tout de même.  Certains même, en décédèrent. En fait, jusqu’à quinze danseurs succombèrent chaque jour durant cette épidémie.  Leur mort fut attribuée principalement à la déshydratation et à des accidents cardiovasculaires.  En tout quatre cents habitants furent touchés.  L’épidémie perdura jusqu’à ce que l’on transfère les malades dans une autre ville.

Cette manifestation intéresse encore les spécialistes car il s’agit d’un événement réel, décrit par plusieurs observateurs de l’époque.

En tout, l’histoire retient environ une vingtaine de cas d’épidémies dansantes entre 1200 et 1600.  La plus récente s’est déclarée à Madagascar en 1863.  L’Italie connut une variante de la danse de St-Guy.  On l’appelle le « tarentisme ».  En effet, l’épidémie semble cette fois avoir été initiée par la morsure d’une tarentule.  Et le traitement indiqué était la danse la tarentelle…

Un auteur s’est intéressé à ce sujet, voici le livre qu’il a publié:

LES DANSEURS FOUS DE STRASBOURG
Auteur : John WALLERdanseurs_fous
Éditeur : La nuée bleue
Paru : Avril 2016
Disponible : Papier, Renaud-Bray, Archambault, Amazon.fr

RÉSUMÉ (tiré d’Amazon)
Le 14 juillet 1518, Frau Troffea sortit dans les rues de Strasbourg et se mit à danser des jours durant sans s arrêter, entraînant avec elle une foule frénétique de plusieurs centaines de gens. Insensibles à la fatigue et à la douleur, les pieds ensanglantés et les visages extatiques, les danseurs moururent par dizaines. L historien de la médecine John Waller (professeur à l’Université du Michigan, USA) décrypte cet étrange phénomène de transe spontanée que le médecin humaniste Paracelse avait observé en son temps et que Bosch, Dürer et Bruegel fixèrent dans des visions cauchemardesques. Terrassés par la misère, irrités par les cruelles inégalités sociales de la fin du Moyen Âge, égarés par leurs croyances surnaturelles, les danseurs de Strasbourg exprimaient un désespoir qui connut, quelques années plus tard, une forme politique avec les grandes révoltes paysannes de 1525, et religieuse avec la Réforme.